jeudi 2 juin 2011

Carrément

                                                « Carrément »

                                                                                                          

    Compte tenu du tracé routier : flaque d’eau ou plaque neigeuse sous le tunnel,  route verglacée avant l’entrée dans le tunnel, tout porte à croire que nous sommes en hiver et que les bagnoles trouvent ça carrément emmerdant.

Arbres sans feuilles, brrr, il fait un froid de canard.

Voitures à l’arrêt dans un couloir détrempé à sens unique. Passage clouté où aucune âme n’ose s’aventurer. On aperçoit tout de même deux ou trois voitures semblant s’avancer à leurs risques et périls.

  

     Carré rectangulaire, donc non parfait, ce qui symbolise le mécontentement des automobilistes voulant jouir de leurs droits en le clamant haut et fort dans le tribunal où le temps occupe le statut du procureur I de la République.

Les témoins II, vous, moi et les autres. L’accusé III : le temps (qui fait donc double office), la météorologie, le climat occidental…



Morte saison. Couloir de la mort. Les caisses arrêtées sur le côté droit du sens de la circulation ont toutes un aspect plus ou moins carré. Elles en ont d’ailleurs carrément marre de cet hiver qui n’en finit plus et de cette « putain de route » qui les oblige à rouler au pas comme lors d’une procession funèbre.

Les automobilistes réclament leurs droits, celui de rouler. Mais, manifestement, le temps, peu engageant, vient à l’encontre de ces droits et tient la place juridique prééminente.                           

  Le procès intenté au temps, qui dura deux mois, fut, à mon sens, perdu. Car nous ne sommes pas en mesure d’avoir une prise sur les éléments naturels lorsque ceux-ci obéissent à leur logique.

C’est carrément dommage car j’avais besoin de ma caisse pour acheter le pain…

                                                                                     G. Chaumet                                           
                                                                                                                              

                                                                                             

                                                  

La vie en 4D


« La vie en 4 D »



            J’ai fumé trois joints de drogue et j’entends les bruits en trois dimensions, génial !

Je suis ingénieur à Air France et mon Q. I. me fait voir la piste de décollage en quatre dimensions. C’est ça la science, le progrès, les nouvelles technologies ! On voit tout et on peut tout faire. Mais il y a des limites tout de même ! Ou bien j’ai bu un verre de trop à l’anniversaire de l’hôtesse de l’air, la divine Sylvie ou bien je suis en proie à un délire pathologique qui nous conduira l’équipage, les passagers et moi vers une catastrophe naturelle puisque maintenant les 4 D font office de norme humaine et mondiale.

Où va-t-on ? Je me le demande. Remarquez, l’avantage d’avoir quatre tableaux de bord qui s’offrent à mes deux yeux me permettent de disposer d’un panorama de la situation terrestre et aérienne unique ou peut-être universelle.

Est-ce moi seulement ou l’humanité entière qui bénéficie ou supporte la vie en 4 D ?

Peu importe. Le boulot avant tout. Vérifications de dernières minutes, voilà… moteurs à réactions visuellement enclenchés et bien disposés… l’équipage est au complet mais qui est ce co-pilote ? Jamais vu. Ou plutôt jamais entendu, triplement entendu. Mais putain, j’ai fumé un joint ou quoi ? Sans m’en apercevoir alors.

C’est ça, c’est exactement ça. L’homme ne s’appartient plus, le progrès le dépasse comme la transcendance gouverne le fumeur de pétards. La transcendance est là, bien là et le pilote doit faire avec. Avec les un, deux, trois co-pilotes, même si l’on ne sait plus à quel saint se vouer, il faut décoller, nom de Dieu !

            Après les trois dimensions courantes et bien acceptées par les Français, il nous faudra faire éternellement avec « la vie en 4 D », éternellement oui car je viens, moi, ingénieur dans l’aviation, sorti premier de l’ENSAE ( Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace ), puis pilote de ligne professionnelle, je viens, oui, de m’écraser contre un ciel en béton, le quatrième, juste après le cumulus aux protubérances arrondies au sommet.

Je ne sais que dire. D’ailleurs, je ne peux plus rien dire.

            Me voilà mort et enterré dans un cercueil en 4 D.



                                                                                    G. Chaumet
                                                                                                              ( qui réfléchit déjà en 4 D ). 

La sieste



Dominique Cros nous fait entrer ici dans le domaine des songes et de l’inconscient.

Une petite fille dort paisiblement, posant sa tête inclinée contre la fenêtre du wagon d’un métro, d’un RER, d’un train de banlieue, que sais-je encore, contre la fenêtre d’un wagon qui se dirige vers les étoiles.

Mignonne, à quoi rêves-tu ? Au magicien d’Oz, à la belle, bien plus puissante et rayonnante que la bête, à ta grand-mère de quatre-vingt-dix ans ? Baignée dans le silence du terminus de ce « train » tu nous pousses à voir en toi la sérénité et la profonde sagesse des « anciens ». Rien, non rien ne peut nous empêcher de voir en toi l’angélisme de la profondeur…

D’où viens-tu, belle petite fille inconnue ? Tu le sais mais tu le noies au contact de la clé des songes, cette clé à jamais ta propriété. Tu nous provoques même, les yeux fermés derrière tes lunettes, Angélique au visage reposé !! Tu nous abandonnes, nous qui courrons comme des dératés dans les couloirs du métro parisien, tu nous laisses à nous-mêmes dans les escalators, dans leurs odeurs de sueur et d’urine.

La beauté du somme, toi seule sais le goûter. Tu ignores notre face de « petites gens » et tu t’élèves, ton âme s’élève au-dessus de la médiocrité parisienne.

Pas de brouhaha, seulement une haleine périodiquement fraîche d’où émane la pureté d’une petite fille qui s’en est allée voir les ombres et les étoiles d’un monde à nos yeux caché.

                        Dors, dors, ma douce, le ciel te conduira là où nous ne serons jamais que des anonymes, des spectres de la foule, des individus lambda.  

                                                                                                



                                                                                                                                                                            G. Chaumet

Gare à toi !




Gare à toi !




Gare à toi, Ô voyageur qui ne sait où aller. Tu es, comme tu le dis toi-même, voué à te déplacer. Nomade de constitution, tu ne tiens pas en place. Tu veux toujours aller ailleurs en partant d’ici. Et quand l’ailleurs devient ici, tu te déplaces afin d’aller ailleurs. Cheminement infernal qui te conduit à monter ou bien à descendre les escaliers, avec ou sans escalators. Les sacs, les valises, quelle plaie : Château de Vincennes, ligne 1. Je te l’avais dis, Ô voyageur invétéré, tu pensais découvrir le monde mais c’est en fait le monde souterrain qui te tiens entre ses mains. Tu pensais trouver le Parthénon ou le Colisée mais en fait il n’y a que le RER et la ligne B. Les gonds se resserrent sur ton frêle corps et tu ne sais pas comment t’en détacher. Pris au piège par la technicité moderne, tu ne fais que parcourir les chemins de la RATP.

Gare à toi, Ô voyageur ! Je te l’avais dit ! Tu ne passes pas par les chemins du sans souci.

Il y avait plus simple. Néanmoins, te voilà. Toi comme les autres, marche par marche, automatique ou mécanique. Tu veux t’échapper de ce monde que tu vomis par les naseaux, prends la sortie boulevard Diderot.

Gare à toi, Ô voyageur, de la banlieue nord ! Tu voulais imiter certains de tes contemporains qui ont la fibre du sempiternel déplacement. Non, non, crois-moi tu ferais mieux de rester chez toi. Tu es fatigué. Dors. Dors et ne pense plus à ça. Le cauchemar de la vie on ne peut plus moderne : les uns derrière les autres, on fait la queue les uns derrière les autres.

Prends garde, Ô voyageur infortuné !  Tu ne l’as certes pas fait exprès mais tu es un numéro, un numéro comme tout le monde, numéro 3 derrière le monsieur au journal.

La Sardaigne ne t’accueillera pas dans ses bras et surtout ne bouge pas, je prends la photo des marches qui mènent à la ligne A.



                                   Gare à toi, voyageur, gare à toi car jamais tu ne t’échapperas.



                                                            G.Chaumet
                                                                                                                            















« Immeubles en caisse »





J’habite au premier étage de cet immeuble. Là, là, tu vois ; approche-toi, là, dans le pare-brise, tu vois ta tête de con, et bien c’est là que j’ai établi mon domicile.

Le capot nous renvoie l’image d’un immeuble… de quatre étages ? Je ne suis pas sûr en effet. Ce monde d’images et de reflets, c’est le monde occidental de la lumière, celui qui se voile la face et perd la boule.

                        Le culte de l’image attise la haine des islamistes. Mais oui, souvenez-vous, le grandiose et fantastique feu d’artifice du 11 septembre 2001. Le fameux Ben Laden voulait mettre un terme à l’image :          

                                                            Allāh akbar !!



Il crut y mettre fin et, sur toutes les chaînes de télévision du monde, l’image fut montrée.                                             



L’existence terrestre, la planète, les hommes, pro-iraniens ou pas, sont devenus complètement dingues, ils déforment le monde en attaquant les Etats-Unis au cutter. C’est avec un essuie-glace que nous vous montrons comment balayer la cour d’un immeuble et, en un clin d’œil, comment refléter le cœur de pierre de ces hommes, de ces femmes, fanatiques le plus souvent, qui s’adonnent à des prises d’otages. Ainsi les « caisses » nous donnent à voir un monde fou et à l’envers.

Le bleu prédomine sur cette toile qui en dit long, long, très long sur la réflexion de ces immeubles auxquels il manque la vie. La réflexivité mathématique du capot est la même, géométriquement parlant, que celle du pare-brise.

Combien d’étages, au fait ? Quatre ? Cinq ? Un essuie-glace qui en donne un de plus…



            Où est la réalité ? En face ou derrière ? Au-dessus ou en bas de ce ciel d’un bleu allant du turquoise au bleu marine ?

Fiction, réalité, déraison, je ne sais plus où je suis ni qui je suis. Tant pis ou tant mieux…

                                                    G.Chaumet






                                                                                      -    Le monde est à l’envers !

                                                                                      -    Et alors !



     

Résurection


Le Christ pète les plombs


         

Le Fils de l’homme et la poussière d’étincelles qui le recouvre et le transcende en guitariste de la mort ainsi que la résurrection nous font oublier qu’Il a porté sur son dos la croix de tous les fardeaux.




L’espace étincelant où il règne maintenant, l’éjaculation de l’Univers, dépassent l’entendement. Ô palais divins où se reflète le sperme de la jouissance suprême, suc de la fertilité qui fait renaître un Dylan hurlant la fin des temps. Ton linceul sur l’épaule droite : un semblant de cuir noir.


Chante, chante, hurle, vocifère, clame ta joie et ton bonheur d’être non pas sur terre mais dans l’univers, ce palais sans fin qui t’accorde le droit d’être entouré d’un boa, molécule d’ADN bleue qui, après analyse biochimique, révèle la substance de ton corps : être profondément singulier qui renaît à la surface du globe, me dit-on, alors qu’en fait c’est la cocaïne qui te fait toucher du doigt l’espace et la voie lactée.


Artiste du rock, artiste de la cocaïne, artiste des temps nouveaux, ceux des crucifiés de la guitare.


Au bas de l’ADN se trouve le mystère et la vérité de ta résurrection, Bob, les molécules chimiques se tenant les unes les autres pour faire de toi, ô Christ de la mort, le phénomène type de la résurgence dans un autre monde, celui des hippies ? Celui de la grâce, celui de la beauté de l’imaginaire pur, du blasphème et de la subversion.


                                   G. Chaumet